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La terre : un bien à protégerRencontre avec Jean-Louis Morel, directeur du Laboratoire Sol et Environnement (LSE)
Nous faisons attention à l’eau, à l’air, nous protégeons les espèces, mais nous ne faisons rien pour nos sols. Pourtant, le sol est une ressource naturelle non-renouvelable à l’échelle humaine…
Des microorganismes aux mammifères, en passant par les plantes, la vie commence et finit dans le sol. Une cuiller de terre contient autant de bactéries qu’il y a d’hommes sur Terre. Ces bactéries, aidées des vers de terre et autres petits animaux du sol, transforment les matières organiques, issues de la décomposition des corps, en produits assimilables par les plantes. Cela forme un cycle que rien ne vient perturber, ou presque…
Car la compétition règne : agriculture, habitat, industrie, forêt, transports, extractions minières… chacun veut sa part ! Seulement, de la qualité du sol dépend la production alimentaire et une terre qui a été industrialisée ne pourra pas redevenir agricole, ou très difficilement. De plus, la fertilité du sol s’entretient, car si l’on prélève sans jamais donner, le sol s’épuise, les minéraux et autres substances utilisées par les plantes diminuent, impliquant une baisse des microorganismes et par là même un non-renouvellement de la biomasse.
Les pollutions du sol actuel sont d’origines diverses. Qu’elles soient antiques, dues aux mines romaines, ou actuelles, dues au démantèlement de sites de production – sidérurgie, industries textile et mines en Lorraine, elles sont souvent difficiles à détecter et lourdes à gérer. D’autant qu’il y a différents types de pollutions : organiques, c'est-à-dire à base carbone, elles proviennent du pétrole, du charbon, des produits phytosanitaires, des explosifs ; métaux lourds – plomb, arsenic, mercure, ils sont présent dans les batteries, piles, les circuits imprimés, et les anciennes plomberies. Apprendre à ne pas disperser ces pollutions commence dans le jardin de chacun, par la gestion raisonnée des engrais et en évitant de laisser trainer toute sorte de déchets.
Le Groupement d'Intérêt Scientifique sur l'Etude des Friches Industrielles réunit plusieurs laboratoires de recherche - dont le LSE - dans le but de requalifier durablement les sites dégradés et pollués par les activités industrielles passées. Une technique biologique de dépollution est à l’étude depuis plusieurs années : la bioremédiation. Elle est basée sur l’exploitation des propriétés dépolluantes d’organismes vivants. Certaines bactéries, certaines plantes, sont capables d’absorber et de stocker des polluants type métaux lourds. L’ont-elles fait pour se protéger des insectes sensibles à un excès de métaux et ainsi survivre ? Personne n’en est sûr, mais cette particularité est utilisable pour dépolluer le sol, sans faire appel à des procédés invasifs et onéreux tels l’excavation. Il faut néanmoins récolter ces plantes dépolluantes une fois leur croissance terminée avant qu’elles ne retournent à la terre, et avec elles, le polluant.
De la prospection botanique à l’utilisation de ces méthodes, il y a tout un cheminement scientifique pour valider les capacités d’accumulation des plantes, étudier les risques éco-toxicologiques et ainsi éviter tout dérèglement environnemental.